Et si votre chien de travail devenait votre meilleur collègue, au même titre que votre tracteur ou votre chien de garde ? En Aveyron, Amandine a fait bien plus que rêver de cela. Elle a créé un élevage où chaque beauceron est pensé, sélectionné et éduqué pour accompagner l’éleveur au quotidien. Deux passions, une même vie : les chiens de conduite et la sélection génétique.
Une ferme où les brebis ne sont pas les seules à travailler
Au Truel, dans l’Aveyron, le Gaec des Coulons, c’est 700 brebis lacaunes, 60 suffolks, quelques vaches… et une dizaine de chiens beaucerons. Un vrai petit monde qui bouge tout le temps. Et au milieu de tout cela, Amandine, installée en 2014, qui a décidé de donner une vraie place au chien de travail dans la ferme.
Elle a grandi dans l’ambiance de la sélection génétique des brebis. Les lacaunes sont en schéma de sélection, le lait part en AOP Roquefort vers la laiterie Papillon. Rien n’est laissé au hasard. Et elle a simplement appliqué la même rigueur… aux chiens.
Le déclic : un beauceron qui change une vie
L’histoire commence en 2006, avec l’arrivée d’une première chienne beauceron sur l’exploitation. L’idée, au départ, est simple : un chien impressionnant, franc, qui travaille bien. Mais la rencontre va beaucoup plus loin que prévu. Trois ans plus tard, à 19 ans, Amandine s’achète son premier chien LOF, avec pedigree : Élan.
Elle ne veut pas faire “comme tout le monde” avec un border collie. Elle veut un “vrai beauceron”. Elle travaille tout l’été pour se payer ce chien, avec ses papiers, sa lignée, son potentiel. C’est lui qui donnera son nom à l’élevage : la Bergerie d’Élan. Un affixe qui signe la provenance de tous les chiens nés chez elle.
Des stages, pas des miracles : comment un chien apprend vraiment
Pendant son BPREA, Amandine part en stage dans le Doubs, chez un éleveur laitier. Elle y apprend à traire, à gérer un troupeau, bien sûr. Mais surtout, elle découvre le vrai travail de dressage de beaucerons.
Elle observe des chiens qui conduisent des vaches, participe à des stages, teste, se trompe, recommence. Elle le dit clairement : les stages changent tout. C’est là qu’on se rend compte de ce que peut vraiment faire un chien bien formé sur un troupeau. Et en 2012, sa première portée de chiots voit le jour.
Quand la sélection génétique se met au service du chien de travail
La force d’Amandine, c’est d’avoir greffé la sélection génétique des brebis sur celle des chiens. Elle ne fait pas reproduire “parce que c’est mignon”. Elle sélectionne. Sérieusement. Comme pour un troupeau laitier.
Son objectif ? Des beaucerons de travail, pas seulement de beaux chiens. Elle cherche des animaux avec de l’instinct, mais aussi une vraie capacité à apprendre. Un chien peut avoir du flair et du courage. S’il n’écoute pas, s’il n’est pas apte au dressage, il devient vite un problème plus qu’une aide.
Pourquoi choisir un beauceron plutôt qu’un border collie ?
Vous vous posez peut-être la question. Elle aussi l’a souvent entendue. Sa réponse : “Et pourquoi pas ?” Le beauceron, c’est le plus grand des chiens de berger français. Un chien proche de son maître, qui cherche à lui faire plaisir. Oui, il peut être un peu têtu. Mais bien dressé, c’est un chien polyvalent.
Face au border collie, il est parfois moins précis, c’est vrai. En revanche, il tient des grands lots comme peu d’autres. Un seul beauceron peut suffire à conduire 700 brebis. Son physique imposant rassure l’éleveur et impressionne les intrus. Dans une ferme isolée, c’est à la fois un chien de conduite et un chien de garde.
Un élevage à taille humaine, pensé pour durer
Au Gaec, Amandine n’est pas seule. Elle travaille avec sa mère, son frère, sa sœur. Elle partage son temps entre les chiens, les traites de septembre à mai, la gestion de l’atelier ovin laitier et la présidence d’un GIE de producteurs. L’organisation n’est pas toujours simple, reconnaît-elle.
Sur la ferme, deux à trois chiens travaillent au quotidien avec les associés et les salariés. En tout, elle gère une dizaine de beaucerons, dont 4 à 5 femelles reproductrices. Les autres sont des jeunes en formation ou des retraités qui coulent des jours plus tranquilles. Un élevage à taille humaine, qu’elle peut suivre chien par chien.
Une sélection stricte : santé, morphologie, travail
Les femelles ne sont en chaleur que tous les six mois. Elles ont une seule portée par an. Les mâles reproducteurs viennent de l’extérieur, choisis pour leur pedigree et leurs qualités. L’objectif : respecter le standard de la race tout en renforçant les aptitudes de travail.
La santé n’est pas négociable. Les parents sont radiographiés pour les hanches et les coudes, testés pour la dysplasie et la surdité. Tous les chiens sont inscrits au LOF avec un pedigree, gage de transparence pour des acheteurs souvent très exigeants. Moins de chiots, mais de meilleure qualité.
30 à 40 chiots par an, vendus jeunes pour mieux travailler
En rythme de croisière, la Bergerie d’Élan vend entre 30 et 40 chiots beaucerons par an. Ils partent à l’âge de 2 mois, autour de 1 700 € TTC. Pourquoi si jeunes ? Pour que ce soit l’éleveur lui-même qui assure le dressage. Pas un dresseur extérieur, pas un chien “clé en main”.
Selon Amandine, le lien se crée en apprenant ensemble. L’humain découvre son chien, le chien apprend à lire son maître. Une méthode plus lente, parfois plus chaotique. Mais au final, beaucoup plus solide. En général, un beauceron est opérationnel au bout de 2 à 3 ans sur troupeau.
Les bases du dressage : avant le troupeau, le respect
Avant de mettre le chien face aux brebis, une étape est indispensable : les ordres de base. Rappel, stop, droite, gauche, au pied. Sans cela, impossible de lui confier un lot de brebis sans stress. Ni pour vous, ni pour les animaux, ni pour le chien.
Amandine conseille de démarrer sur des stages où les brebis sont habituées aux chiens. Cela évite les paniques inutiles et les mauvaises expériences. Les clients de la Bergerie d’Élan viennent surtout du monde agricole : éleveurs de brebis, vaches, chèvres, volailles. En France, en Europe, parfois jusqu’aux États-Unis.
Un engagement qui continue après la vente
Son travail ne s’arrête pas au départ du chiot. Elle reste disponible pour répondre aux questions, aider en cas de blocage dans le dressage, rassurer quand un chien semble “trop vif” ou “pas assez sûr”.
Elle prend aussi une décision forte : elle s’engage à reprendre ses chiens si leurs maîtres ne peuvent plus les garder. Elle les replace ou les garde à la ferme. Et quand, dix ans plus tard, un éleveur la rappelle pour acheter un nouveau beauceron chez elle, elle y voit le plus beau des compliments.
Un palmarès qui confirme la démarche
En treize ans, la Bergerie d’Élan a construit un vrai nom dans le monde du beauceron. Deux fois meilleur élevage de beaucerons de France. Et en 2025, trois de ses chiens sont sacrés champions de France en conformité au standard.
L’année marque aussi une nouvelle étape symbolique : la sélection pour le Salon de l’agriculture. Autrement dit, la reconnaissance d’un travail où la passion ne remplace pas la rigueur, mais l’accompagne, jour après jour.
Et vous, quel chien voulez-vous à vos côtés ?
Derrière cette histoire d’Aveyron, il y a une question simple, que tout éleveur peut se poser. Souhaitez-vous un chien “qui suit la voiture”, ou un véritable partenaire de travail sélectionné pour cela ? Un chien choisi juste pour son physique, ou pour son caractère, son instinct, sa santé ?
Allier chiens de conduite et sélection génétique, comme le fait Amandine, demande du temps et de la conviction. Mais ce choix peut transformer votre manière de travailler au troupeau. Et si, finalement, le prochain investissement clé de votre exploitation… était un chiot bien né, bien sélectionné, prêt à apprendre à vos côtés ?










